Quelques confessions...
Jusqu'à une date récente rien ne laisser supposer que Fadila
Morsly se lancerait un jour dans l'aventure de la création picturale.
Après avoir terminé une licence de droit, c'est tout naturellement
une carrière d'avocate qui l'attend, mais il faut croire que dés
cette époque, les événements tendraient pour préserver
a la jeune femme des contrariétés dont le caractère
positif n'apparaît qu'ultérieurement.
Renonçant a l'attrait d'une vocation libérale, la jeune universitaire
entame un parcours professionnel dans le secteur public durant une quinzaine
d'années.
Quand elle en sortira, se sera pour quitter son pays . Destination Conakry,
puis Aix-en-Provence.
L'exil attend Fadila Morsly, tout comme l'hôte célèbre
de Guernesey dont on ne peut dire ce qu'il a vraiment ressenti : seuls
restent ses poèmes et leur inspiration humaine.
Au tour de Fadila Morsly de subir les effet de l'éloignement avant
de les transposer dans l'art. A son tour de détourner la dure loi
de l'exil vers celle plus vivifiante, de l'effort dans la méditation
et le construction d'un "nouveau" monde.
Le dépaysement est en effet vécu tout d'abord sur le mode
d'une véritable amputation. A l'absence de l'époux, s'ajoute
la perte des repères physiques. On peut imaginer que c'est cette
sensation douloureuse de vide qui persiste, lancinante, à l'endroit
même ou le membre sectionne fait défaut.
Privée d'une sorte de prolongement de l'être, Fadila Morsly
se regarde et regarde le monde qui est désormais le sien. Que faut-il
faire pour continuer son existence? Comment retrouver un ordre des choses
mesurable, repérable par une conscience "neuve" ?
Fadila Morsly regarde . La ville est vide. Vides les murs. L'humain semble
avoir déserte la place des hommes reels?.Peut-être reste-t-il
un espoir de se réchauffer dans les lieux hantes par les rêves
et la construction imaginaires?
Sans relâche, les galeries d'art sont investies par l'exilée,
et les tableau passionnément interroges. En attente d'une repone,
Fadila Morsly finit par se rendre a l'évidence : ce n'est pas la,
dans ce qui a été deja dit par d'autres, qu'elle parviendra
a apaiser ses interrogations. L'appel du monde continue a résonner
en elle sans pouvoir aboutir a une cohérence globale. Il faut donc
songer a puiser en soi même les ressources vitales.
Ainsi, l'itinéraire de la création est-il mûri chez
Fadila Morsly a partir d'une rupture avec le milieux d'origine et d'un
constat de défaillance provenant d'un environnement non pas hostile,
mais insensé au sens propre du terme, sans signification, silencieux
a l'oreille de celle qui entend autre chose. A la faveur de l'exil et du
déséquilibre qui en découle, se met en branle un processus
salvateur de l'être, l'impératif besoin de recourir a l'art,
au sien propre : "Je sais simplement, dit Fadila Morsly, qu'il faut
fuir l'arrêt de la pensée : or le signe ne cesse de questionner
: relance permanente d'interprétation, de recherches, je suis avec
le signe a la source de la pensée, la ou s'amorce le jugement. Je
sais aussi qu'il faut traiter le signe comme le signe premier de la constitution
du sujet et le noeud de tous les possibles."
Aussi bien peut on déceler chez l'artiste les prémices annonciatrices
de l'oeuvre future en quête de signe, récompensant l'effort
de celui qui s'interroge , interroge le monde et finit par entendre un
écho favorable a ses voeux. Sans questionnement fondateur du sujet,
comment la création pourrait elle exister? Ne faut-il pas commencer
par prendre conscience de soi et de ses désirs pour s'apercevoir
que l'offre extérieure a soi est insuffisante? N'est ce pas ce mécanisme
d'appel et de frustration qu'obéit la règle de la représentation
esthétique?
Dès lors, tout semble être dit. Une fois le programme énonce,
il convient d'agir.
Entre dans une papeterie, acquérir du matériel, se mettre
au travail en tâtonnant. Toucher la matière, s'en imprégner,
roder une technique dont on ignorait tout la veille encore. L'essentiel
est d'entrée dans l'univers de la représentation du réel.
Ce premier pas, Fadila Morsly le franchit en compagnie de guide dont
l'identité importe peu : ils ne sont que des modèles dont
elle se sert pour mieux s'en de faire plus tard. Durant des heures et des
heures, elle fait l'apprentissage difficile de l'élève obligée
de recopier une oeuvre achevée.
Pendant de temps, au fur et a mesure que la main se raffermit, l'oeil se
lasse et exige du nouveau, de l'inédit. Ce qui bouillonne en elle
n'attend qu'une formalisation qu'elle est désormais en mesure d'accomplir.
C'est alors qu'intervient la deuxième étape d'un parcours
que notre peintre engage avec une determination nouvelle : se faire reconnaître
en prenant sa place aux cote de ses pairs, après une première
période d'activité dont les fruits n'étaient destines
qu'a elle seule. Plus question a présent de rester dans l'ombre!
Avec les ambitions, se manifestent les signes de la maturité.
Reste a savoir comment parvenir a ses fins. Quelle route emprunter qui
soit originale? De quelle manière faut-il s'avancer pour que
l'empreinte de ses pas soit visibles parmi tants d'autres?
L'exil encore, une fois, viendra au secours de Fadila Morsly avec son lot
de questionnements déstabilisateurs, avec le bouillonnement des
deux réalités qu'elle porte en elle : "Les signes sont
un moyens de mieux comprendre comment fonctionne une société,
une culture. Ils sont un outil de réflexion sur le positionnement
de la culture musulmane mais aussi sur son identité.
Les signes transcendant les cultures en ce sens qu'ils ne sont l'affirmation
ni la négation, mais la circulation des différences entre
les groupes ethniques historiques."
Ainsi parle celle qui présente l'avantage d'être dans l'entre-deux,
a mis distance du pays d'origine et de celui qui l'accueille. Méditerranéenne,
elle refuse de choisir entre deux entités qui s'ignorent ou se suspectent.
Relies par un rayon de solidarité, Deux mondes en Méditerranée
cohabitent désormais sur la toile pacifiante.
Méditerranéenne en exil, Fadila Morsly reconstruit un monde
a sa mesure, un monde qu'elle sent en elle, un monde qu'elle connaît,
qu'elle a pense et rêve.
Sous formes d'arabesques et de figures géométriques, formalises
ou informels, fondus dans l'or ou tailles dans le pourpre, les signes voguent
en Méditerranée, indifférent aux contradictions, libérés
des fausses querelles. L'espoir, trèfles a quatre feuilles,
ouvre
le passage à L'Amitié avant que la tendresse ne survienne,
douce comme le prénom de Fella. Tandis que l'on songe à
l'Aimé, Trois petites mains s'amusent à se
suivre dans l'Intimité chaleureuse. Le monde sourit de toutes
ses paillettes dans les toiles de Fadila Morsly.
Mais il arrive parfois, que la tonalité y devienne plus sombre.
La mer s'embrume. La houle de l'âme souffrante secoue la matière
et les mots endormis comme la conscience des hommes. Après la
Plénitude, le chant des ombres succède a la mélodie
du bonheur,
"Quand le soleil se noie
dans une mer de ténèbres
et que roule sur le monde
une vague d'obscurité."
A l'écoute du monde, la pensée du peintre se trouble;
sur la toile un temps apaisée, le serpent pernicieux s'insinue en
ponctuant sa courbe de deux points long à peine compréhensible.
Les signes se détruisent comme pour répondre au chaos ambiant.
Sur le cuir torture, suinte la rouille qui sèche à l'ombre
des cachots, tel le sang des victimes de la persécution. La plaie
n'est pas encore refermée que deux bracelets se referment, à
peine entrouverts, sur les poignets des prisonniers livres aux bourreaux.
Quels sont les droits de l'Homme sur la terre des Hommes? Où trouver
dans ce monde un lieu où la liberté est respectée?
Inlassablement, l'artiste peintre s'interroge, l'émotion au bout
des doigts.
C'est ce qu'il faut retenir d'une oeuvre généreuse
et passionnée, témoin de l'engagement de son créateur.
La faculté maîtresse de Fadila Morsly est la réflexion
qui mûrit en même temps que son art. Rien de ce qui touche
à l'homme, ne saurait la laisser indifférente, si bien qu'au
hasard des expositions organisées ici ou la, des hommes, des femmes,
finissent par entendre la voix de celle qui cherchait une voie nouvelle
entre "la pression identitaire et la logique de la modernité."
A force de vouloir inscrire sa différence dans l'ambiguïté
des signes, Fadila Morsly se trouve aujourd'hui réconfortée
dans une démarche qui, pour être originale et personnelle,
n'en est pas moins largement humaine. Ce qui en aucun cas, ne saurait tarir
le flot des interrogations qui bouillonnent en elle, exubérant comme
la vie:
"Pourquoi ce choix du genre arabesques, toujours perilleux pour
les profanes trop portes à interpréter sans cesse? De quoi
est-il la métaphore? Serait-ce une manière d'enquêter
sur moi-même? Ou un façon de biaiser avec ce que j'ai à
dire et qui m'est douloureux? Où donc situer la part qui se dérobe
au compromis, celle l'inaliénable?"
La parole accompagne l'oeuvre d'art dans un questionnement sans fin.
Toute réponse serait mortelle.